22 décembre 2014 : Comment ne pas répondre sous l’effet de la colère…

Boxing gloves on desk

22 décembre 2014 : Comment ne pas répondre sous l’effet de la colère…

Plaidoyer pour Exode Rois et Dieux de Ridley Scott

Depuis plusieurs jours, je cogite, je fermente, je décrépite… Je me languis, me moisis dans la lecture de critiques acerbes rédigées par notre bonne vieille intelligentzia cinématographique québécoise. Celle-là même qui dénigre tout ce qui ose venir des States, cet enfer de débauche artistique, de budgets gonflés, d’empires monopolistiques du mal absolu… sauf quand c’est pour aller se dorer la couenne à Orlando, « gougounes-quit » ou voir un merveilleux spectacle du Cirque du Soleil ou de Céline Dion à Vegas. Dans ces cas-là, bien oui, les États-Unis, quel fantastique pays !

Les critiques culturels, à mon sens, sont les pires hypocrites en la matière. La nouvelle adaptation du livre de l’Exode de la Bible en est un bon exemple. De par mon parcours académique de cinéaste, vous comprendrez, chers lecteurs, pourquoi j’ai tant attendu avant de publier cet article. Paul de Tarse a écrit dans son épître aux Éphésiens : « Ne laissez pas le soleil se coucher sur votre colère. » Un autre a dit : « Lorsque vient le temps de présenter ton offrande au temple, si tu as un quelconque grief contre ton frère, laisse là ton offrande et va te réconcilier ». Pas facile… pas facile du tout. Encore moins quand on sent l’ego démesuré de l’un de ces critiques derrière sa plume.

Néanmoins, après avoir baissé le niveau de « steam » entre mes deux oreilles, j’ai décidé de me risquer à répondre à certaines affirmations de nos chers critiques. Étant donné qu’une majorité semble s’être concertée pour démolir le film de Ridley Scott, je ne nommerai personne. Les arguments sont à peu près du même acabit, donc en nommer un reviendrait à les nommer tous.

Tel que disait Paul aux Éphésiens : « Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon.  […]   Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. »

Ainsi, armée de mes gants de boxe et de mon clavier d’acier, voici un petit cours d’histoire et de théologie, entremêlé à certaines découvertes archéologiques pour vous, chers critiques qui trônez de toute votre noirceur athée.

  • Exode est un film antisémite parce qu’on a osé mettre en évidence la proéminence du nez des acteurs « Hébreux ».

À la première lecture, j’en ai pouffé de rire. Quand on dit que « le diable se cache dans les détails », c’est bien une preuve irréfutable ! Je répondrai donc au stupide que je n’avais pas remarqué ce détail. Probablement parce que je n’ai personne dans ma famille qui ait adhéré au mouvement des « chemises bleues » dans les années 1930 à 1945. J’admets toutefois avoir le vilain défaut de me concentrer davantage sur la trame narrative d’un film plutôt que sur les gros nez des acteurs. À ce que je sache, on ne joue pas avec son nez… sauf Cyrano de Bergerac (celui de Rostand, bien entendu et non Savinien Cyrano de Bergerac, auteur français qui, sans avoir un nez aussi long que la tour de Pise, n’avait pas un faciès très raffiné j’en conviens). À cela, quelle ineptie ajouter ? Rien. Puisque l’argument du critique reste pour moi la quintessence du mot.

  • Exode est un film raciste parce qu’on n’y voit pas assez de noirs. De plus les acteurs qui jouent des Hébreux sont, dans la vraie vie, caucasiens.

Ah bon ! Dans ce cas, il faut revoir notre opinion du film The Jazz Singer qui doit forcément être antisémite, raciste et j’en passe. Dans ce film, on y voit un homme : un fils de rabbin, juif, blanc, au nez moyen (faut tout de même l’admettre, donc les fétichistes rhinos seront heureux) chanteur de Jazz, se badigeonner de cirage à chaussures dans le visage pour jouer un noir sur Broadway. Un juif, chanteur de Talmud qui n’hésitera pas à célébrer un office pour remplacer son père à pied levé. Oh ! C’est vrai ! Il ne faut surtout pas cracher sur le premier film parlant de l’histoire du cinéma… Même si on y voit une belle séance de blackfacing!

On a dit pour Exode que dans ce temps-là il y avait beaucoup de noirs en Afrique du Nord. Peut-être. Mais dans l’Histoire de l’humanité, l’Égypte a subi l’influence Mésopotamienne, Grecque, Romaine, etc. Prétendre qu’au 13e siècle avant Jésus-Christ l’Égypte était noire, ce serait comme prétendre qu’à l’époque pré-colombienne, le Pérou était colonisé par des Extra-Terrestres. Ça relève un peu de la foi, beaucoup d’un délire de persécution mêlé à de la paranoïa sci-fi alimentée par une pseudo théorie du complot. À part certains adeptes du New-Age et des Raéliens, qui croiraitt vraiment à ces sornettes ?

Quant au choix des acteurs, cela ne m’a pas dérangée personnellement. Oui, Segourney Weaver pourrait avoir davantage de visibilité. Mais pour assez bien connaître l’art et la manière de faire de Scott, je peux vous garantir que vous serez satisfaits dans les mille et une versions remasterisées, recoupées, rallongées, retournée, retaponnées et j’en passe ! Combien de versions de Blade Runner existent sur le marché ? Booooon ! Alors mes petits chéris, prenez votre mal en patience et attendez les sorties Blu-Ray. Vous aurez une multitude d’extras mettant en vedette une Noomi Rapace plus présente dans le rôle de Myriam, une Segourney Weaver encore plus vache dans le rôle de la mère de Ramsès le Grand et de Ben Kingsley dans le rôle du rabbin juif délateur-des-origines-de-Moïse. Eh oui ! Pour lui, je vous donne entièrement raison : il a un gros nez… dans la vie comme dans le film. Mais là, vous allez répondre que c’est du racisme parce que Ben Kinglsey est d’origine Indienne, né en Grande-Bretagne. Donc que de mettre en valeur le gros nez d’un acteur aux origines indiennes, c’est le ridiculiser. À vous entendre, les noirs, les juifs, les indiens au gros nez, les caucasiens qui acceptent de passer sous la lampe UV n’ont aucun libre arbitre. On pourrait en déduire que tous ces acteurs et figurants ne sont que des marionnettes articulées par leurs agents, leurs public relationists sans oublier les producteurs qui les achètent comme on paie les services d’une escorte dans le Joûnal de Moûrial !

À cela, je me demande qui est le plus raciste : le réalisateur qui a recruté du mieux qu’il le pouvait autant de figurants et d’acteurs pour cette méga-production, ou ceux qui critiquent en s’imaginant le mal là où il n’existe pas ?

  • Dans la version originale mettant en vedette Charlton Heston, les Hébreux résidaient dans le quartier des esclaves. Dans cette version, on a échangé un bidonville pour une ville toute entière : « Pithôm », ce qui n’est pas logique.

Bon, là, je crois que certains d’entre-vous dormaient durant les cours d’histoire au secondaire. Pithôm est une ancienne ville de l’Égypte antique. Ce nom est aussi Hébreux. En Égyptien on l’appelait pr-‘ithm, Tjekou ou Per-Atoum. À l’époque de Ramsès le Grand, c’était une ville principalement habitée par des esclaves Hébreux.  Elle est entre autres citée dans la Sainte Bible, plus précisément dans la Vulgate qui constitue en partie notre Ancien Testament. Il est d’ailleurs beaucoup plus logique de trouver des esclaves à Pithôm qu’à Memphis, la cité habitée par Ramses II, déjà en expansion phénoménale à cette époque. D’ailleurs, il est considéré comme un des plus grands bâtisseurs de l’Histoire de l’Égypte, du moins pour ce qui est de la XIXe dynastie (Nouvel Empire, de 1570 à 1070 av. J-C). Quand on regarde ce qui arrive aux résidents des quartiers pauvres lors d’une revitalisation urbaine à l’heure actuelle, il est facile de s’imaginer ce qu’il devait arriver aux pauvres et aux esclaves à  l’Âge du Bronze. En 2004, après le début des travaux dans le quartier Saint-Roch de Québec, plusieurs familles ont vu le prix des loyers augmenter. Avec le démantèlement du crime organisé et les arrestations des motards (opération Scorpion), des commerces ont fermé. Les propriétaires ont reçu des subventions pour rénover les bâtiments. Du coup, une autre clientèle s’est établie. En détruisant le vieux mail Saint-Roch, les pauvres, les sans abri, les prostituées, les consommateurs, punks, dealers de drogue, se sont réfugiés ailleurs. Au 13e siècle avant Jésus-Christ, dans une Égypte menée par la monarchie absolue mais avant-tout par les superstitions, les cultes des morts, les astrologues, magiciens et médiums en tous genres, il m’apparaît difficile de voir un quartier de pauvres et d’esclaves déplacé gentiment en « banlieue-bon genre ». Fait à noter que selon la Bible, le prédécesseur de Ramses II avait fait exterminer tous les bébés mâles parmi le peuple Hébreux. Probable qu’à cette époque, quand une cité comportait trop d’esclaves, on les tuait au lieu de leur offrir un nouveau logis « proprêt » ! De ce fait, il était plus sûr pour un esclave de vivre dans une ville fondée « juste pour lui », même si elle ressemble davantage à une favela qu’à un HLM.

  •  Ici on nous propose un Moïse général de l’armée du Pharaon, un combattant, un dirigeant. Et non le petit enfant recueilli dans un panier plein d’humilité. Ceci ne colle pas avec le récit que nous connaissons tous.

Encore une fois, désolée de vous décevoir, mais il existe plus d’une source à l’histoire de Moïse. Il y a celles citées dans la Torah (ou Pentateuque de notre Ancien Testament), les citations du Nouveau Testament et une autre source, extérieure à la religion. Un historien du nom de Josephus au 1er siècle a cité Moïse comme un général d’armée, un grand guerrier qui a conquis à la solde du pharaon les Éthiopiens et les Cushites. Par ailleurs, si vous lisez bien la version de Josephus, certains passages de l’histoire de Moïse semblent avoir inspiré les scénaristes du film. La situation géopolitique de l’époque est davantage expliquée. Aussi, dans un épisode de la série documentaires « Secrets of the Bible » diffusée sur la chaîne AHC (American Heroes Channel) intitulé « The Staff of Moses » , il est question de certaines recherches archéologiques sur les preuves circonstancielles entourant l’existence de Moïse (ou Thutmosis chez les Égyptiens, général et intendant au service du Pharaon jusqu’à sa fuite ou son exil aux alentours de 1300 av. J-C).

  •  Ici, on nous présente les dix plaies d’Égypte comme une série d’événements causés par une simple réaction en chaîne abracadabrante.

Pourtant, n’importe quel esprit scientifique vous dira que ce que l’on croyait un miracle deux siècles auparavant est souvent expliqué par les découvertes scientifiques aujourd’hui. Or, il est important de ne pas chercher le miracle dans ce qui est présenté au premier degré. En ce qui a trait aux dix plaies d’Égypte, celles-ci ont été expliquées scientifiquement dans un documentaire du National Geographic. Et effectivement, il s’agirait d’une bien bête réaction en chaîne. Toutefois, cela n’enlève rien au miraculeux de la chose. Car si on ne peut plus voir ces dix afflictions comme un acte grandiose provoqué par un bâton de bois sec brandi devant le regard de l’Éternel, il n’en reste pas moins que ces événements, aussi naturels puissent-ils être, ont eu lieu à ce moment et à cet endroit précis. S’ils étaient survenus en Grèce en 1984, cela n’aurait pas le même effet, loin de là ! Tandis que, selon la Bible, Moïse jouait les oiseaux de malheur en prévenant Ramses II de chaque problème à venir, la nature frappait, implacable et aussi ponctuelle qu’une montre Suisse. Le voilà votre miracle.

  • Étant agnostique, nous nous attendions à être émus, transportés, animés d’une soif de spiritualité à la fin de ce film. Or, nous en sommes sortis plus mélangés qu’avant et encore plus ennuyés.

Est-ce le travail d’un film de vous transmettre la foi ? Vous divertir, oui. Vous pousser à vous questionner, parfois. Que vous vous soyez ennuyés, je n’ai rien à y répondre. Vous avez le droit de vous ennuyer sur absolument tout ce que vous voulez. Toutefois, je ne crois pas que cela soit le travail d’un film de vous pousser à donner votre vie à Jésus Christ. J’ai démontré à quel point Ridley Scott a fait des recherches étendues pour respecter à la fois les textes sacrés et l’Histoire. D’accord, il a tronqué le bâton de Moïse pour une épée. Cela m’a aussi dérangée, bien que ce choix artistique semble logique à la lecture des textes de Josephus. Il a modifié aussi le tempérament de Moïse et ses initiatives pour libérer son peuple de l’esclavage. À part ces trois détails, je crois que tout l’équipe de ce film a travaillé d’arrache-pied pour livrer une grande part de la vérité sur cette tranche de notre histoire mondiale. De par sa manière de filmer les actions de Dieu en alliance avec la foi : comment une situation désespérée au premier regard peut se transformer entre les mains de l’Éternel, il a su communiquer une partie de la nature de YHWH, le Dieu d’Israël et des Nations. Si vous n’avez pas su le voir, tant pis. Autrement, si vous cherchez à boire à la source de l’eau de la vie éternelle, si votre désert agnostique pèse sur vos épaules comme les quarante années d’errance du peuple Juif dans le désert, je connais de bonnes adresses. Mais aucun film à l’exception peut-être de Jésus de Nazareth et de François les chemins du soleil de Franco Zephirelli ne sauront épancher votre âme de ce besoin ardent de l’Esprit Saint. Néanmoins, une bonne église évangélique ou charismatique pourrait vous être utile.

  • Nous nous attendions à l’apparition du buisson ardent. Mais Scott y juxtapose un dieu à l’apparence d’un petit garçon de dix ans. Cela, sans raison logique. C’est incompréhensible et farfelu.

À cela je répondrai comme une personne plus sage que moi le ferait. Et s’il avait décidé de montrer un homme aux cheveux blancs, yeux enflammés, semblable à Jésus sur le trône ? Et s’il avait tout simplement montré Jésus Christ ?

Voilà deux options de rechange. Répondez-moi honnêtement. Qu’auriez-vous dit de ce film ?

Après vos réponses, peut-être posterai-je une explication à ce choix artistique particulier dans un prochain billet…

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