7 janvier 2015 – On a tiré sur Charlie!

Blood on a computer keyboard

7 janvier 2015 : on a tiré sur Charlie!

Ouais, beau souhait du Nouvel An en perspective ! Alors que toute la planète se remet du Temps des fêtes et des coupes de champagne bues en trop, le ciel se couvre au-dessus de la Ville Lumière. Les cœurs de 66 millions de personnes sont en berne, transpercés d’une balle de Kalachnikov.

J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce billet. J’avais peur qu’il termine au fond du marais d’information. Pire, de me mettre un pied dans la bouche comme ce cher François Legault du Parti Coalition Avenir Québec. Lui, après son petit « Tweet » de « twitt » je lui donnerais bien « le GO ». Je vous laisse imaginer de quelle manière…

Qu’est-ce que je ressens ce soir ?

Il est vrai que je n’ai pas grandi avec les œuvres de ces braves caricaturistes. Je me suis dit, et si ça avait eu lieu ici ? Dans les bureaux du Safarir par exemple où plusieurs de nos artistes illustrateurs québécois travaillent à la pige lorsqu’ils ne sortent pas une nouvelle bédé… Ou bien, dans Le Soleil, Le Devoir… Et si ces trois djihadistes avaient frappé le MacLean’s ? Celui-là non plus n’hésite pas à écorcher là où ça fait mal. Si tous ces événements étaient survenus au Canada je crois que j’aurais eu les jambes sciées. Je me souviens encore du 11 septembre 2001. À l’époque, je bossais à l’organisation d’un spectacle d’humour au profit de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Les patrons nous avaient libérés pour le reste de la journée. Trop dur de travailler dans ces conditions. À cette époque, en plus, mon père travaillait aux États-Unis. Il n’était pas à New-York, mais avec le peu d’information que nous recevions au compte-goutte, pas facile de se demander si l’horreur ne s’étend pas jusqu’au Sud-Ouest des USA.

Aujourd’hui, je suis tombée sur un post Facebook d’une collègue écrivaine. Elle et son mari s’inquiétaient pour Honoré, un des dessinateurs et caricaturistes du Charlie Hebdo. Ils étaient sans nouvelle de lui depuis quelques temps. Cet après-midi, peu avant l’heure du souper, son nom faisait partie de la liste officielle des victimes. Je n’ose m’imaginer dans les souliers de ces amis, collègues, familles qui ont attendu des nouvelles en vain, qui ont espéré pour, plus tard, recevoir la visite de policiers. Le moment où on vient cogner à votre porte, casquette contre la poitrine, visage long, yeux rougis, cœur lourd. À mon sens, c’est pire que tout… Si on me donne le choix, je préfère mourir plutôt que de devoir un jour vivre cela : être celle qui reste, qui doit se souvenir, se reconstruire, guérir. Oui, mais en se rappelant les circonstances, tous les jours pour le reste de nos vies.

Ce soir, je n’ai pas envie de parler des trois djihadistes. Parce que, connaissant la façon de penser des intégristes et radicaux de tous acabits, ces meurtriers présumés seront vu comme des « martyres » si le dénouement de cette chasse à l’homme se termine par les armes. Ironique quand on sait que ce mot, martyre, signifie « témoin ». Témoin de quoi ? Il est assassin ! Au 1er et 2e siècle après Jésus-Christ les martyres chrétiens étaient des disciples qui refusaient de se conformer aux croyances polythéistes, ou d’observer uniquement l’ancienne doctrine juive. Ils ne pouvaient tout simplement pas renier ce qu’ils croyaient être la Vérité. C’est-à-dire la mort et la résurrection du Christ. Quand j’entends le mot martyre je pense à Étienne, lapidé à mort, Simon-Pierre, crucifié la tête en bas, à Sainte Lucie de Syracuse qui continuait de prophétiser et de pardonner aux légionnaires romains après qu’on ait tenté de la violer puis de la brûler, qu’on lui ait enfoncé un glaive dans la gorge et arraché les yeux. Pas à des hommes armés jusqu’aux dents, tirant à tous vents dans les bureaux d’un hebdomadaire et abattant froidement un policier d’une balle en pleine tête. Ça n’est pas là le véritable sens du mot « martyre ».

Je n’avais aucune envie de parler de ces gens et voilà que j’évoque même leur existence. Comme elle doit être pénible aux proches des 12 victimes et de tous ceux qui se battent pour leurs vies dans les hôpitaux de Paris…

À vous qui restez, je suis sans voix. Et pourtant, comme Sainte Lucie, ce n’est pas le moment de me taire. Laisser couler l’information, faire comme si rien n’était arrivé, c’est un peu laisser l’Islam radical gagner. C’est aussi pire, pour moi, que renier Christ trois fois avant que chante le coq.

Ce soir, j’ai envie de prendre les familles des défunts et blessés dans mes bras. Leur dire que je suis de tous cœur avec elles. Et surtout, n’accorder aucune importance aux coupables. S’il y a quelque chose que j’ai appris dans ma courte vie c’est qu’on ne combat pas le mal par le mal. En mathématique, ça reviendrait à annuler une dette par une autre dette. Ça ne donne rien de bon, si ce n’est qu’augmenter notre taux d’endettement.

Je n’irai pas jusqu’à parler de pardon. Est-ce que moi, je serais capable de pardonner si une de mes filles étaient parmi les victimes ? Je ne crois pas.

Mais ne pas chercher vengeance, ne pas accorder d’importance à ces trois personnages, continuer sa vie, sa routine, son habitude de dénoncer haut et fort ce qui ne tourne pas rond dans le monde sans se soucier des menaces intégristes, c’est un peu tendre l’autre joue, rendre le bien pour le mal. C’est une résistance passive qui aura plus d’impact à long terme que la renommée « martyre » de ces meurtriers.

À travers les larmes, ce soir je prie pour que tous reçoivent la Paix, le Réconfort et le Soutien afin de pouvoir trouver en soi la résilience nécessaire pour continuer à vivre et marcher dans les traces de Charlie. La colère fait un temps, la Charité, l’Espoir, l’Amour et la Tendresse, eux, durent toujours.

* 8 janvier 2015 : Je viens d’apprendre à Salut Bonjour sur les ondes de TVA ce matin, que seulement un suspect a été arrêté. Il s’est rendu (le plus jeune des trois).

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