9 janvier 2015 – L’amitié sur les dents

Dents de la mer
Dents de la mer

9 janvier 2015
L’amitié sur les dents

Ces derniers jours n’ont été faciles pour personne. En tout cas, celui qui ose dire qu’il se fiche éperdument des événements en France, à mon sens c’est un moyen sans-cœur. J’espère ne pas avoir à lire ce commentaire. Déjà, on entend des discours racistes qui fusent à droite et à gauche. La meilleure réponse que j’ai lue sur les médias sociaux était « Avant de devenir Juif, Musulman. Boudhiste, Chrétien ou Hindou, apprends à devenir un humain. » Ça résume bien mon opinion sur le sujet.

Mais c’est vrai, je ne suis pas Française et je n’ai jamais ouvert un Charlie Hebdo de ma vie. Je n’ai pas de parenté dans les vieux pays pour qui m’inquiéter. Du coup, quand j’essaie de comprendre une situation, quand j’analyse à voix haute, je fais de la géopolitique. Et quand les événements frappent notre pays de naissance, la géopolitique, on l’a bien creux entre les deux fesses. Je comprends. Après tout, je ne suis pas sans cœur.

Le 7 janvier dernier, dans la confusion des événements, j’ai peut-être manqué de délicatesse par endroits. Qu’on dise qu’on ne connaît pas Charlie Hebdo, ça peut en froisser quelques uns. Encore une fois, je comprends. Si c’était le Safarir qui avait vu la quasi totalité de son équipe éditoriale décimée en 5 minutes, peut-être que j’aurais les nerfs à fleur de peau.

Oui, peut-être que je manquerais de patience quand quelqu’un a tendance à trop parler, à s’attarder aux détails qu’elle juge importants. Oui, probable. Je ne suis pas meilleure que les autres. Peut-être aussi que j’en aurais marre de lire le billet écrit par une fille qui, même si je l’apprécie, parle de quelque chose « qu’elle ne connaît pas ». Comment endurer quelqu’un qui écrit sur son pays natal, sur un drame, alors qu’elle admet ne pas connaître grand-chose ?

Sous le choc, envahie par la colère, je pense aussi que j’aurais de la misère à écouter les gens me dire « que la colère ne sert à rien ». On le sait. Mais est-ce qu’on a un contrôle sur nos émotions dans un moment pareil ? On dirait que tenir une conversation différente du sujet principal de la semaine, ça devient presque un effort surhumain. Je l’ai vécu dans des périodes de deuil. Je l’ai aussi vu à quelques reprises. Je me sens incapable de juger cela.

Est-ce que je suis trop bonasse ? Parce qu’à chaque fois, quand un ami se cherche un bouc émissaire pour se défouler, je deviens l’animal de prédilection. On joue au pigeon d’argile en se disant que « de toute manière, les chrétiens sont bonasses, qu’ils pardonnent et oublient, qu’ils vont revenir comme si rien n’était. » C’est vrai que l’Amour du Christ pousse les gens à pardonner de bonne foi, à ne pas laisser tomber ceux qui sont dans le besoin. Avec les années, j’ai développé un « trop » d’empathie. Comme il y a des « hyper-sexuels » (nymphomanes), je suis une « hyper-empathique ». Le problème c’est qu’avec cette qualité (qui devient vite un vilain défaut), vient un côté « blonde » bien assumé et une sensibilité à fleur de peau. Pour ne pas « paniquer » ou « brailler comme une vache espagnole » je n’ai pas le choix d’analyser. Parler me permet de verbaliser et de sortir ce qui me ronge et me rend malade. Je suis désolée si des fois je ne parle pas aux bonnes personnes. Sincèrement. Mais on ne me changera pas. En période de choc, contrairement à ceux qui se terrent dans leurs appartements et attendent l’Armageddon et les belles fesses de Bruce Willis, moi je parle : je pose des questions, j’essaie de comprendre ce qui me terrorise. Dans une guerre il y a des tireurs embusqués et des démineurs. Je suis une démineuse émotionnelle. C’est comme ça, on ne me changera pas.

Mais quand ma nature dérange, qu’elle met en péril mes relations interpersonnelles, c’est un coup dur. Parce que moi, j’accepte les gens tels qu’ils sont. Je pose des questions, j’essaie de comprendre pour mieux les aimer, mais je n’ai pas de malice. Cet après-midi, une situation m’a fait comprendre sans ménagement que je « dérange ». Bref, je ne suis pas « à ma place » parce que ma personnalité est « envahissante ». D’accord. C’est dur à encaisser, mais que voulez-vous ?

Du coup, comme je ne suis pas trop conne, j’ai compris le message assez raide. J’ai encaissé pendant trois jours des paroles parfois un peu dures sans broncher, parce que je m’efforce à tous les jours dans mes relations de mettre en pratique un verset de l’Épître de Paul aux Éphésiens (chapitre 4, verset 26) :

Si vous vous mettez en colère, ne péchez point; que le soleil ne se couche pas sur votre colère

C’est pas toujours facile, mais je m’y applique. Ça me procure un meilleur sommeil en tout cas. Mais ces derniers jours ont été éprouvants. Parce que, en mettant ce verset en pratique je me suis retrouvée à me faire « brouetter » de tous bords comme une poupée de chiffon. Je suis devenue un punching bag et ça, non merci !

Et comme j’apprécie trop cette personne pour rendre le mal par le mal, d’autant plus que ça ne fait plus partie de mes préceptes, j’ai décidé de « prendre mon trou ». Non, je ne boude pas : je me soigne. Pas le choix, quand la blessure est profonde, il faut des points de suture à l’hôpital. Et quand c’est à l’amitié qu’on a mordu à pleines dents, il faut se trouver un « hôpital du cœur » pour cicatriser le tout.

Je n’ai pas envie de faire la morale à quiconque. Ça n’est même pas un règlement de compte. Voilà, je ne suis même pas capable de lui en vouloir. Je connais les circonstances, j’ai mes torts et ça m’afflige d’autant plus. C’est tout.

Toutefois, à tous ceux et celles qui vivent beaucoup de colère, d’indignation, de peur, de peine, d’incompréhension et de doutes, je vous embrasse. Je comprends votre ressenti, mais malheureusement sachez que ça ne doit pas durer. Ne vous coupez pas de ceux qui vous aiment car après, une fois toutes ces émotions passées, il ne restera plus rien.

Aux amis qui veulent aider ceux dans le besoin, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Je suis incapable de me taire et d’écouter. Voilà. Moi et le silence, ça ne fait pas bon ménage. Au moins, si vous désirez être là pour vos êtres chers dans le besoin, ne les étouffez pas…

Voilà, désolée pour la petite morale. Je ne voulais pas que ça en devienne une. C’est seulement un message qui me pesait sur le cœur, ce soir.

Bonne nuit à tous.

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